Venice, 7th January 2026,
I’m a Venetian, but I’ve always lived on the other side of the bridge (which connects Venice’s historic center to the mainland, ed.), I had never really considered living in the historic centre, until I moved here four years ago.
Venice isn’t like other cities: it’s uncomfortable. For example, if you own a car, you have to leave it on the mainland, and parking can cost up to €1,700 a year. Then, to get around, you need a “vaporetto” boat pass, which adds another €200–250 a year for public transport. On top of that, rental prices have skyrocketed.
I was only able to move because the municipality launched a social housing program designed to allow young couples, who couldn’t access mortgages or buy a home, to rent an apartment in the historic center at controlled prices. The idea was to try to slow down the rate of its depopulation by bringing young couples back, hoping they will have children and help increase the number of future residents.
In the mid-1950s, Venice was at the height of its population density, with over 110,000 inhabitants. Today there are around 48,000. About 60,000 people have left, since the 1980s predominently.
As a Venetian who’s not originally from the historic center, I’ve always commuted to Venice for work, so the city has always been part of my life. I now live in Giudecca, one of the very few areas that has remained largely working-class, but even here, housing prices are becoming extremely high.
There’s a deep wound in this city: you can feel that Venice exists primarily for tourism. You can see it when you walk through a square like San Marco’s at 11pm and find it empty, a place which is usually the beating heart of a city. You see it in the vaporetto routes: when major events take place, tourist routes are increased but not the ones mainly used by residents. This weighs heavily on everyday life. The boats are overcrowded, and sometimes they simply leave you behind. That means losing at least twenty minutes—when you’re trying to get home, or you’re on your way to work. During rush hours near tourist areas, among the suitcases are often construction workers and laborers, who often can’t get on board because of the crowd and are left waiting. It’s exhausting. All these small things add up and make living in the city stressful.
I’ve started grumbling too, like the old Venetians—those who complain, even though they are often the first to sell their family homes or their grandmother’s house to hotels or to turn them into short-term rentals.
When I chat at the bar about having moved to Venice, I realize the ratio is one to ten: for every person who moves here, ten leave. A friend of mine lived in Giudecca for thirty-seven years and eventually sold his house and moved to the mainland. And in the end, it’s understandable. With the lack of services and a cost of living that’s double everywhere else, why would you stay? Now he manages to save a little money but the main reason for moving was for the services, and he missed having a sense of community.
Tourism has transformed the kinds of jobs available to people. Cobbler’s have been replaced by bartenders; mill workers by receptionists. Almost all the fishermen who once caught “moeche”—small crabs that were a famous lagoon delicacy—are gone. Local shops like bakeries and butchers disappear, replaced by bars and places to grab a quick sandwich.
The situation today leaves you with very few options. It pushes you to sell, often to large holding companies that buy properties to turn into Airbnbs. And even if you say no and try to row in another direction, the system keeps pushing and pushing, until eventually you give in. Tourism sets market prices; tourism sets rents. That’s how the historic center slowly empties out.
I moved here four years ago only thanks to that social housing project with regulated rents. And yet, despite everything, more than once I’ve found myself thinking: “why didn’t I come sooner?”
Nicolò
Venise, le 7 janvier 2026,
Je suis Vénitien, mais j’ai toujours habité de l’autre côté du pont (qui relie le centre historique de la ville à la terre ferme, ndlr.). Avant mon emménagement, il y a quatre ans, jamais je n’avais pensé à m’installer dans le centre historique.
Venise n’est pas une ville comme les autres : elle est inconfortable. Par exemple, si tu as une voiture, tu dois la laisser sur la terre ferme et un parking peut te couter 1700 euros par an. Ensuite, pour te déplacer, tu dois avoir un abonnement annuel aux vaporettos (les bateaux-bus qui desservent la ville et une partie de ses îles, ndlr.) qui vaut un peu plus de 200 euros. Puis, tu dois t’acquitter de loyers dont les montants ont explosé.
Je n’ai pu m’installer ici que parce que la municipalité avait lancé un appel d’offres pour des logements sociaux, afin de permettre à celles et ceux qui ne pouvaient pas obtenir de prêt immobilier pour acheter une maison d’accéder à un logement dans le centre-ville à un loyer modéré. L’idée de base de la mairie pour freiner le dépeuplement du centre historique était d’essayer d’y ramener de jeunes couples dans l’espoir qu’ils aient des enfants et puissent ainsi augmenter le nombre de résident·es à l’avenir.
Au milieu des années 1950, Venise était au sommet de sa densité démographique, avec plus de 110 000 habitants. Aujourd’hui, nous sommes 48 000. Environ 60 000 personnes ont quitté la ville, surtout à partir des années 1980.
Étant originaire de cette province, je suis toujours venu travailler à Venise, donc la ville fait partie de moi. Je vis maintenant à la Giudecca, l’un des rares quartiers qui soient encore populaires. Mais ici aussi, les prix des logements deviennent très élevés.
Dans cette ville, il y a une blessure qui vous fait sentir que Venise vit pour le tourisme. Vous le voyez le soir à 23 heures, lorsque vous vous promenez sur une place comme Saint-Marc, vide, alors que d’habitude, ce type de lieu est le cœur battant d’une ville. Vous le voyez dans les vaporettos : lorsqu’il y a des événements importants, le nombre de trajets augmentent, mais uniquement pour les lignes empruntées par les touristes, pas pour celles que les résident·es utilisent principalement.
Le reste du temps, les bateaux sont pleins et parfois vous laissent à terre, ce qui signifie que vous risquez de perdre au moins 20 minutes. Cela peut arriver lorsque vous rentrez chez vous ou lorsque vous allez au travail. Aux heures de pointe, parmi les touristes et leurs valises, il y a les ouvriers et les ouvrières des chantiers, les travailleurs et les travailleuses de la cité, qui ne parviendront peut-être pas à monter au milieu de la foule. C’est pesant. Toutes ces petites choses vous font vivre la ville dans un état de stress.
Moi aussi, je me suis mis à râler comme les vieux Vénitien·nes, qui se plaignent de la situation, alors qu’iels sont peut-être les premie·res à vendre leurs vieilles maisons familiales ou celles de leur grand-mère à des hôtels ou à les louer pour des séjours de courte durée.
Quand au bar, je parle du fait que j’ai déménagé à Venise, je constate que le rapport est de un pour dix : lorsqu’une personne emménage à Venise, dix la quittent. Un de mes amis qui a vécu à la Giudecca pendant 37 ans, a lui aussi fini par vendre sa maison et est allé vivre là-bas, sur le continent.
Mais après tout, c’est compréhensible, avec le manque de services et le coût de la vie deux fois plus élevé qu’ailleurs, pourquoi s’embêter ? Maintenant, il arrive même à mettre quelques sous de côté. Il a surtout déménagé à cause des services, parce qu’il lui manquait une communauté.
Le tourisme a transformé les emplois de la population qui vivait ici. Il n’y a plus de cordonnier, mais un barman, plus d’ouvrier qui travaillait au moulin, mais un réceptionniste. Il n’y a plus de pêcheur·euses qui pêchaient les « moeche », ces petits crabes qui étaient un mets délicieux réputé de la lagune. Les magasins tels que les boulangeries ou les boucheries disparaissent, remplacés par des bars où les gens viennent acheter un sandwich.
Le prix du marché est fixé par le tourisme, le prix du loyer est fixé par le tourisme. La situation actuelle ne laisse pas beaucoup de choix : elle finit par vous obliger à vendre, peut-être à de grandes holdings qui achètent et transforment les maisons en AirBnB. Et si vous dites non et essayez de ramer dans une autre direction, ce système essaie encore et toujours, et finit par vous pousser à dire oui. C’est ainsi que, petit à petit, le centre historique se dépeuple.
Je me suis installé ici il y a quatre ans, uniquement grâce à ce projet de logements sociaux avec des loyers réglementés. Mais au final, malgré les désagréments, au cours de ces années, je me suis dit plus d’une fois : « Pourquoi ne suis-je pas venu ici plus tôt ? »
Nicolò
Venezia, 7 gennaio 2026,
Mi sono trasferito a Venezia quattro anni fa. Sono veneziano, ma prima ho sempre abitato al di là del Ponte (che collega il centro storico di Venezia alla terraferma, ndr.). Prima d’allora non avevo mai pensato di venire a vivere nel centro storico.
Venezia non è come le altre città: è scomoda. Per esempio se hai la macchina la devi lasciare sulla terraferma e un parcheggio può costare anche 1.700 € l’anno. Poi, per muoverti, devi avere l’abbonamento dei vaporetti, quindi per i mezzi pubblici sono altri 200/250 euro di abbonamento annuale. E poi hai i prezzi degli affitti che sono saliti alle stelle.
Io ho potuto trasferirmi qui perché il comune aveva emesso un bando per il social housing, per permettere a giovani coppie che non potevano accedere ai mutui e comprare casa di ottenere un alloggio in affitto in centro a prezzi calmierati. L’idea del comune alla base — nata nel tentativo di frenare lo spopolamento del centro storico — era di provare a riportare giovani coppie nella speranza che avessero figlɜ e quindi potessero aumentare ɜ residenti del futuro.
Nella metà degli anni ’50, Venezia era all’apice della sua densità di popolazione, c’erano oltre 110.000 abitanti. Adesso siamo 48.000. In 60.000 se ne sono andatɜ soprattutto dagli anni 80 in poi.
Io, essendo veneziano di provincia, son sempre venuto a lavorare a Venezia, quindi la città fa parte di me. Ora vivo alla Giudecca, che è una delle pochissime zone che sono rimaste ancora popolari. Anche qui, però, i prezzi delle case stanno diventando altissimi.
In questa città esiste una ferita per cui senti che Venezia vive per il turismo. Lo vedi la sera alle undici quando passeggi in una piazza come San Marco e la vedi vuota, mentre di solito la piazza è il cuore pulsante di una città. Lo vedi nelle linee del vaporetto: quando ci sono alcuni importanti eventi aumentano le corse, ma quelle per ɜ turistɜ, non quelle che usano soprattutto ɜ residenti. E questo pesa perché i vaporetti sono pieni e alle volte ti lasciano a terra, e questo vuol dire farti perdere almeno 20 minuti. Magari succede quando devi tornare a casa, magari devi andare al lavoro. Nelle ore di punta vicino ai turisti, tra le valigie, ci sono i lavoratori dei cantieri, gli operai, che magari non riescono a salire in mezzo alla calca. È un peso questo. Son tutte piccole cose che ti portano a vivere la città con lo stress.
Anche io adesso mi sono messo a borbottare come ɜ vecchɜ venezianɜ, che si lamentano anche se poi magari sono ɜ primɜ a vendere le proprie vecchie case di famiglia o della nonna agli alberghi, alle holding, o a metterle in affitto per affitti brevi.
Quando al bar mi metto a chiacchierare del fatto che mi sono trasferito a Venezia vedo che il rapporto è di 1 a 10: una persona si trasferisce a Venezia, 10 escono. Anche un mio amico ha vissuto in Giudecca per 37 anni, e alla fine ha venduto casa ed è andato a vivere di là, sulla terraferma.
Ma del resto si capisce, con i servizi che mancano, con il costo della vita che è il doppio che altrove, chi te lo fa fare? Adesso riesce a tenere da parte anche qualche spicciolo. Lui si è trasferito proprio per i servizi, perché gli mancava una comunità.
Il turismo ha trasformato i lavori della popolazione che viveva qui. Non c’è più il calzolaio ma il barista, non più l’operaio che lavorava al mulino ma il receptionist. Non ci sono più ɜ pescatorɜ che pescavano le “moeche”, i piccoli granchi che erano una prelibatezza celebre della laguna. Spariscono i negozi come le panetterie o le macellerie, sostituiti dai bar dove le persone vengono a prendersi un panino.
La situazione che c’è ora non ti lascia molte possibilità: alla fine ti costringe a vendere, magari alle grandi holding che comprano per trasformare le case in AirBnB. E se tu dici di no e provi a remare in un’altra direzione, questo sistema ci prova e riprova, e alla fine ti spinge a dir di sì. Il prezzo di mercato lo fa il turismo, il prezzo dell’affitto lo fa il turismo. Ed è così che pian piano il centro storico si spopola.
Mi sono trasferito qua quattro anni fa e solo grazie a quel progetto di social housing con i prezzi degli affitti calmierati. Però alla fine, nel corso di questi anni, più di una volta mi sono detto: “ma perché non sono venuto prima?”
Nicolò