Madrid, le 5 novembre 2025,
En juin, je me suis rendue dans une clinique pour une IVG. Deux de mes proches m’accompagnaient. Ce n’était pas une situation très agréable pour moi. Et ce qui a suivi n’a fait qu’ajouter davantage de stress et de souffrance inutiles.
Alors que nous arrivions à proximité de la clinique, une personne nous a abordé·es. Puis une autre l’a rejointe. Il y avait face à nous un homme et une femme, que je n’avais jamais vu·es.
Tandis que nous essayions d’atteindre la porte d’entrée de la clinique, iels ont commencé à crier des choses comme : « L’avortement n’est pas la solution », « vous êtes des assassines » ou « des folles ». Iels nous ont bloqué le passage. L’un des deux individus qui nous hurlaient dessus m’a saisie et a tenté de me secouer.
Sur le coup, je me suis sentie agressée. Ces personnes ne me connaissaient pas, ne savaient pas pourquoi j’étais là. Ça ne me semble absolument pas normal de se permettre de crier ce genre de choses, d’autant plus quand tu ne sais rien de la personne et des raisons qui l’amènent ici.
Nous sommes tout de même parvenues à entrer dans la clinique et l’homme qui nous insultait est allé dans un local, non loin de là. Il s’agissait du local de Refugio Provida (un centre anti-avortement ouvert en 2022, ndlr.). Car en fait, cette clinique, dans laquelle on pratique des IVG, est encerclée par cinq locaux d’organisations anti-avortement !
Quand je suis ressortie, après l’IVG, la police attendait dehors. Les travailleuses du centre médical avaient appelé le commissariat quand elles avaient vu la scène. Rien de nouveau sous le soleil pour elles. Elles connaissent bien cette situation. Des choses similaires arrivent tous les jours dans de nombreuses cliniques.
Les gens qui m’avaient accostée avaient également appelé la police. Nous avons donc été identifié·es dès notre sortie de la clinique. Et quelques jours plus tard, nous avons été convoqué·es au commissariat pour raconter ce qui s’était passé.
Je savais que de tels événements se produisaient, que les militant·es anti-avortement distribuaient des tracts, qu’iels organisaient des manifestations devant la porte du centre médical et même des prières collectives près des cliniques, mais je ne m’attendais pas à ce qu’un homme vienne nous crier ces mots-là.
Ce qui s’est passé ne m’a pas empêché d’avorter, mais ça a compliqué mon processus de guérison. Et cela m’a créé un souci supplémentaire, car je me suis inquiétée de ce qui pourrait arriver aux personnes qui m’accompagnaient si jamais il y avait un procès.
Je ne sais pas ce que l’on peut faire pour éviter ce genre d’agression. Le Code pénal a été modifié pour interdire ces actes (En 2022, le Congrès des députés espagnol a approuvé une modification du Code pénal qui sanctionne les rassemblements devant les portes des cliniques et prévoit des peines allant de trois mois à un an ou des travaux d’intérêt général de 31 à 80 jours pour ce type de comportement, ndlr.). Mais ces groupes changent de stratégie pour continuer à faire la même chose. Sous prétexte d’avoir leur siège juste à côté, iels rôdent autour des cliniques.
Je sais par le personnel de la clinique qu’au moins une des personnes qui m’a crié dessus était un récidiviste, qu’on l’avait déjà vu faire la même chose à d’autres occasions. Je sais aussi qu’iels harcèlent les employée·s des cliniques – des personnes qui doivent se rendre tous les jours sur leur lieu de travail et faire face à ce genre de situation. C’est ça le plus triste, en fait: ce qui m’est arrivé peut arriver à n’importe qui, cela se produit tous les jours.
Lucia
*Le prénom a été changé.