N°58 – Mayday, mayday

October 1, 2025

Marseille, 24th September

In the summer of 2023, I boarded the Ocean Viking, the SOS Méditerranée rescue ship (which rescues people attempting to cross the Mediterranean to reach Europe, editor’s note), for a six-week mission. It was my first expedition and remains the most memorable.

The ship departed from Civitavecchia, in Italy, with a crew of 34 people. After a week of training at sea, we began patrolling international waters off the coast of Libya. The very next day, there was a boat in trouble.

During training, we prepared for the worst-case scenarios. So, I didn’t know what to expect, what state the migrants would be in, if there would be dead bodies on board, people with wounds caused by the salt water and oil, or pregnant women. The adrenaline began to mount.

There’s also always a degree of fear linked to the Libyan coastguards, who are increasingly violent. They circle around the ship, shout over the radio, and sometimes intimidate us with warning shots.

But in the end, nothing went wrong during that first rescue. It was in broad daylight. There were 30 or 40 men and women on a boat, no one in immediate physical distress, and no medical cases. Everyone came aboard the Ocean Viking quite smoothly. Then we headed for the port assigned to us by the Italian authorities. (Since 1st January, 2023, whenever SOS Méditerranée carries out a rescue, they must notify the Italian authorities, who assign them a “safe port,” to which they must immediately set course in order to disembark the rescued people, editor’s note.)

The following night, a second alert came in about another boat in distress. So at 5.a.m, we were back out on our lifeboat. In the dim dawn light we spotted the vessel. Very occasionally we get boats like this one: with metal parts crudely welded together. They call them “floating coffins.” If the boat tilts even slightly to one side, it capsizes and sinks immediately, dragging everyone down with it.

I could feel the tension among my colleagues. The people on board had no idea the vessel was about to overturn. I was terrified it would go at any second—until I witnessed the expertise of my teammates, who skillfully guided each person one by one, “Stand up,” “Sit here,” and calmly directed everyone off the boat. There was immense relief.

Except that right after that rescue, boats of the same kind kept appearing on the horizon, one after another, for the next 48 hours, without pause. We completely lost track of time. The heat was overwhelming—over 40 degrees Celsius. It was unmanageable. We carried out fifteen rescues in just two days and two nights. In the end, we had 623 people on board—though the limit is 417. We can handle that, but it was truly a crisis situation.

I took part in five more missions after that particularly remarkable one, averaging five rescues each time. But now, I don’t know when I’ll go back. No one has been able to return to the Ocean Viking since the attack on the 24th August 2025.

I was off duty that day, and saw notifications popping up on my phone. My colleague Lucille, aboard the Ocean Viking, sent a message on our group chat saying: “The Libyans are shooting at us!”, then 15 seconds later: “It’s madness!” and “We’re in the citadel.” When you go to the citadel, it means the situation is serious. The citadel is the ship’s strongroom. They were afraid that the Libyan coastguard would board the ship. A little later, we received a message saying “they’re gone”, followed by photos of the bullet holes. They had narrowly escaped death.

All this happened a month ago and since then I have been very angry. There has been very little response from Europe, even though the Libyan coastguard is funded directly by the European Union. The boat they were using was a patrol boat donated by Italy and they had already fired warning shots during a rescue operation once before, in July 2023. Our NGO exists because Europe is not taking responsibility for coordinating rescues at its borders. And when a non-governmental mission is organised and civilians, European citizens, are attacked in international waters, no State reacts.

This indifference revolts me. It revolts me and it scares me. Next time, we don’t know what fate awaits us. We have gone from being humanitarian workers at sea, to humanitarian workers who put their lives at risk on every mission. For the safety of the crew and those rescued, we now have to weigh up the risks and who is now willing to take them.

Our boat was hit by more than a hundred bullets. It won’t be able to return to sea for at least two months. Two months means a lot of people won’t be saved. People will either be caught by the Libyan coastguard, disappear at sea, or manage to reach the shore on their own—but not many make it.

Alisha

Alisha is the communications coordinator on board the Ocean Viking, the rescue ship operated by the NGO SOS Méditerranée, which rescues people attempting to cross the sea to reach Europe. A month ago, her colleagues were attacked by the Libyan coastguard. She talked to us about the conditions in which these rescue operations take place.

À bord de l'Ocean Viking : sauvetages et gardes-côtes libyens

October 1, 2025

Marseille, le 24 septembre,

À l’été 2023, j’ai embarqué pour la première fois sur l’Ocean Viking, le bateau de sauvetage d’SOS Méditerranée (qui vient en secours aux personnes qui tentent de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, ndlr). Je partais en mission pour six semaines. Cette première mission reste la plus marquante à laquelle j’ai participé.

Le bateau est parti de Civitavecchia, en Italie, avec un équipage composé de 34 personnes. Après une semaine d’entraînement en mer, nous avons commencé à patrouiller dans les eaux internationales, au large de la Libye. Dès le lendemain, il y avait une embarcation à secourir.

Pendant les entraînements, on se prépare aux pires scénarios. Donc, je ne savais pas ce qui m’attendait, dans quel état seraient les personnes à qui on porterait secours. Est-ce qu’il y aurait des morts à bord ? Des personnes avec des plaies causées par l’eau salée et l’essence ? Des femmes enceintes ? Cette incertitude faisait monter l’adrénaline.

Il y a aussi toujours une part de peur liée aux gardes-côtes libyens, qui sont de plus en plus violents. Ils viennent tourner autour du bateau, gueulent à la radio, nous intimident parfois avec des tirs de sommation.

Mais au final, rien ne se passe mal durant ce premier sauvetage. C’était en pleine journée. Il y avait 30 ou 40 hommes et femmes sur un bateau. Pas de personne en détresse physique, pas de cas médicaux. Et tout le monde monte sur l’Ocean Viking de façon assez facile. Puis on prend la direction du port qui nous avait été attribué par les autorités italiennes, Lampedusa. (Depuis le 1er janvier 2023, dès qu’SOS Méditerranée fait un sauvetage, iels doivent prévenir les autorités italiennes qui leur attribuent un « port sûr », vers lequel iels doivent immédiatement se mettre en route pour désembarquer les personnes secourues, ndlr.)

Dans la nuit qui suit arrive une alerte d’un bateau en détresse. À l’aube, on est donc de nouveau sur notre canot de sauvetage. Il est 5h, dans les premières lumières du jour, on aperçoit l’embarcation. On avait rarement vu ça : un bateau avec des pièces en métal soudées de manière très grossière. On les surnomme les « cercueils flottants ». Si le bateau penche un peu d’un côté, il se renverse et il coule directement, en emportant tout le monde vers le fond.

Je sentais mes collègues sur le canot très tendu·es. Les gens ne se rendaient pas compte que le bateau était sur le point de chavirer. J’avais peur que tout bascule. Jusqu’à ce que je comprenne l’expertise de mes coéquipier·ères qui leur disaient un·e à un·e « lève-toi », « assied-toi là », les guidant tous et toutes hors du bateau. Soulagement immense.

Sauf que juste après ce sauvetage et pendant 48 heures, des bateaux du même type apparaissaient les uns après les autres à l’horizon, en continu. On a complètement perdu la notion du temps. Il faisait très chaud, plus de 40 degrés. C’était ingérable. On a enchaîné quinze sauvetages pendant deux jours et deux nuits. On a fini avec 623 personnes à bord — la limite étant de 417. On est capables de répondre à ça, mais c’était une vraie situation de crise.

Après cette mission exceptionnelle, j’ai participé à cinq autres missions avec une moyenne de cinq sauvetages par mission. Mais là, je ne sais pas quand je repartirai. Personne ne peut repartir sur l’Ocean Viking depuis l’attaque du 24 aout.

Ce jour-là, alors que j’étais de repos, je vois arriver des notifications sur mon téléphone. Ma collègue Lucille, à bord de l’Ocean Viking, envoie un premier message : « The Libyans are shooting at us! » , puis 15 secondes plus tard : « Its madness! » et « On est dans la citadelle. » Quand on va dans la citadelle, c’est que l’heure est grave. La citadelle, c’est la chambre forte du bateau. Iels avaient peur que les gardes-côtes libyens montent dans le bateau. Un peu plus tard, on a reçu un message disant « ils sont partis », puis des photos des impacts de balles. Iels sont passé·es à côté de la mort.

Tout ça s’est passé il y a un mois et depuis, je suis très en colère. Il y a eu très peu de réponses de l’Europe, alors que les gardes-côtes libyens sont financés directement par l’Union européenne, que le bateau duquel ils ont tiré sur nos collègues est un bateau de patrouille offert par l’Italie, qu’en juillet 2023, ils avaient déjà fait des tirs de sommation pendant une opération de sauvetage. Notre ONG existe car l’Europe ne prend pas ses responsabilités en matière de coordination des sauvetages à ses frontières. Et lorsqu’une mission non-gouvernementale s’organise et que des civil·es, citoyen·nes européen·es, se font attaquer dans les eaux internationales, aucun État ne réagit.

Cette indifférence me révolte. Ça me révolte et ça me fait peur. La prochaine fois, on ne sait pas à quelle sauce on sera mangé·es. Nous sommes passés du statut d’humanitaires en mer, à celui d’humanitaires qui mettent leur vie en péril à chaque mission. Pour la sécurité de l’équipage et des personnes secourues, on doit se poser la question des risques et de qui est désormais prêt·es à les prendre.

Notre bateau, lui, a reçu plus d’une centaine de balles. Il ne pourra pas reprendre la mer avant au moins deux mois. Deux mois, ça fait beaucoup de gens qu’on ne sauvera pas. Des gens qui vont soit se faire chopper par les gardes-côtes libyens, soit disparaître en mer, soit arriver sur l’autre rive par leur propre moyens — mais il n’y en a pas beaucoup qui y parviennent.

Alisha

Alisha est coordinatrice de la communication à bord de l’Ocean Viking, le bateau de sauvetage de l’association SOS Méditerranée qui secoure les personnes tentant de traverser la mer pour venir en Europe. Alors qu’il y a un mois ses collègues et ont été attaqué·es par les gardes-côtes libyens, elle revient sur les conditions dans lesquels se passent ces opérations de sauvetage.

Le mille e una lotte dell’Ocean Vikings

October 1, 2025

Marsiglia, 24 settembre

Nell’estate del 2023 sono salita per la prima volta a bordo dell’Ocean Viking, la nave di soccorso di SOS Méditerranée (che soccorre le persone che tentano di attraversare il Mediterraneo per raggiungere l’Europa, ndr). Sono partita per una missione di sei settimane. Questa prima missione rimane la più significativa a cui ho partecipato.

La nave è partita da Civitavecchia, in Italia, con un equipaggio di 34 persone. Dopo una settimana di addestramento in mare, abbiamo iniziato a pattugliare le acque internazionali al largo della Libia. Il giorno dopo c’era già un’imbarcazione da soccorrere.

Durante gli addestramenti ci si prepara agli scenari peggiori. Non sapevo cosa mi aspettasse, in che condizioni avremmo trovato le persone da soccorrere. Ci sarebbero statз deз mortз a bordo? Persone con ferite causate dall’acqua salata e dalla benzina? Donne incinte? Questa incertezza faceva salire l’adrenalina.

C’è sempre anche una parte di paura legata alla guardia costiera libica, che sta diventando sempre più violenta. Girano intorno alla barca, urlano alla radio, a volte ci intimidiscono con colpi di avvertimento.

Ma alla fine, durante questo primo salvataggio non è successo nulla di grave. Era pieno giorno, c’erano 30 o 40 persone su una barca. Nessunə in pericolo, nessun caso medico, tuttз sono salitз sull’Ocean Viking abbastanza facilmente. Dopodiché, abbiamo preso la direzione del porto che ci era stato assegnato dalle autorità italiane,. (Dal 1° gennaio 2023, ogni volta che SOS Méditerranée effettua un salvataggio, deve avvisare le autorità italiane che le assegnano un “porto sicuro”, verso il quale l’imbarcazione deve immediatamente dirigersi per sbarcare le persone soccorse, ndr).

Durante la notte arriva un allarme da una nave in difficoltà, all’alba siamo quindi di nuovo sulla nostra scialuppa di salvataggio. Sono le 5 del mattino, con le prime luci del giorno individuiamo l’imbarcazione. Era una cosa che avevamo visto raramente: una barca con parti metalliche saldate in modo molto approssimativo. Le chiamiamo “bare galleggianti”. Se la barca si inclina leggermente da un lato, si capovolge e affonda immediatamente, trascinando tuttз con sé.

Sentivo della grande tensione tra з colleghз sulla scialuppa. Le persone a bordo non si rendevano conto che la barca stava per capovolgersi. Avevo paura che tutto potesse andare per il peggio, finché non mi sono resa conto del livello di competenza deз miз compagnз di squadra: a ogni persona a bordo dicevano “alzati”, “siediti lì”. Alla fine tuttз sono riusciti a uscire dalla barca indenni. È stato un immenso sollievo.

Tuttavia, subito dopo questo salvataggio e per le successive 48 ore, imbarcazioni della stessa tipologia sono apparse una dopo l’altra all’orizzonte, senza sosta. Abbiamo completamente perso la cognizione del tempo. Faceva molto caldo, c’erano più di 40 gradi. Era ingestibile. Abbiamo effettuato quindici salvataggi in due giorni e due notti. Abbiamo terminato le operazioni con 623 persone a bordo, sebbene il limite fosse di 417. Siamo in grado di far fronte a questo, ma è stata una vera e propria situazione di crisi.

Dopo questa missione eccezionale, ho partecipato ad altre cinque missioni con una media di cinque salvataggi per missione. Ora, però, non so quando ripartirò. Nessunə può tornare sull’Ocean Viking dopo l’attacco del 24 agosto.

Quel giorno, mentre ero di riposo, ho visto arrivare delle notifiche sul mio telefono. La mia collega Lucille, che era a bordo dell’Ocean Viking, ha inviato un primo messaggio: “La guardia costiera libica ci sta sparando!”, poi, 15 secondi dopo: “è la follia!” e ancora “Siamo nella cittadella”. Quando si va nella cittadella, significa che la situazione è grave. La cittadella è la camera blindata della nave. Avevano paura che la guardia costiera libica salisse a bordo. Poco dopo abbiamo ricevuto un messaggio che diceva «se ne sono andatз», seguito da foto dei fori di proiettile. Hanno rischiato la morte.

Tutto questo è successo un mese fa e da allora sono molto arrabbiata. Ci sono state pochissime reazioni da parte dell’Europa, nonostante la guardia costiera libica sia finanziata direttamente dall’Unione europea, nonostante la nave da cui hanno sparato aз nostrз colleghз sia una nave pattuglia donata dall’Italia, nonostante nel luglio 2023 avessero già sparato colpi di avvertimento durante un’operazione di soccorso.

La nostra ONG esiste perché l’Europa non si assume le proprie responsabilità in materia di coordinamento dei soccorsi alle sue frontiere. E quando viene organizzata una missione non governativa e deз civili, cittadinз europeз, vengono attaccati in acque internazionali, nessuno Stato reagisce.

Questa indifferenza mi indigna. Mi indigna e mi spaventa. Non sappiamo cosa ci aspetterà la prossima volta. Siamo passatз dallo status di operatorз umanitarз in mare a quello di operatorз umanitarз che mettono a rischio la propria vita ad ogni missione. Per la sicurezza dell’equipaggio e delle persone soccorse, dobbiamo chiederci quali sono i rischi e chi è dispostə ad assumerseli.

La nostra nave è stata colpita da più di un centinaio di colpi. Non potrà tornare in mare prima di almeno due mesi. Due mesi sono tanti per le persone che non potremo salvare. Persone che verranno catturate dalla guardia libica, che scompariranno in mare o arriveranno sull’altra sponda con i propri mezzi. Ma non sono molte quelle che ci riescono.

Alisha

Alisha è coordinatrice della comunicazione a bordo dell’Ocean Viking, la nave di soccorso dell’associazione SOS Méditerranée che soccorre le persone che tentano di attraversare il mare per raggiungere l’Europa. Alla luce di un violento attacco armato subito dalla guardia costiera libica un mese fa, racconta delle condizioni in cui si svolgono queste operazioni di soccorso.

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