Turin, le 3 juin
J’ai toujours rêvé d’avoir une famille, selon le modèle traditionnel. Quand j’étais petite, je me voyais déjà mère. À 40 ans, après une série de ruptures amoureuses, j’ai donc ressenti le besoin de fonder une famille — même si je le faisais seule.
Je voyais mes amies et connaissances devenir mères, ce qui provoquait en moi un sentiment ambivalent. J’étais heureuse pour elles, car elles avaient enfin leur propre famille et que j’aimais l’idée de devenir comme une tante pour leurs enfants. Mais en même temps, il y avait cet arrière-goût amer de ne pas avoir eu la chance de devenir mère moi aussi.
Et ce n’était pas un choix de ma part ou une incapacité à être parent, mais parce que je n’avais personne d’autre avec qui le devenir.
Je connaissais déjà l’existence de la PMA (Procréation médicalement assistée), du moins en théorie, et je savais qu’en Italie seuls les couples pouvaient en bénéficier, pas les personnes célibataires.
Un jour, en discutant au bord du Pô avec une amie qui connaissait l’Association Luca Coscioni (qui défend les droits civils), je me suis demandé : « Et si j’essayais de faire une demande de PMA dans mon propre pays ? ». Cette simple conversation a été le point de départ qui m’a menée jusque devant la Cour constitutionnelle.
Tenter ma chance à l’étranger pour avoir un enfant reste mon plan B. Mais avant ça, j’ai voulu essayer ici, en Italie, pour que d’autres femmes célibataires comme moi ne soient pas contraintes à cette sorte d’exil reproductif, comme si on avait quelque chose à cacher, ou qu’on fuyait un délit.
Permettre l’accès à la PMA aux personnes célibataires n’enlèverait rien aux autres. Ce qui me paraît irrationnel, c’est d’obliger certaines personnes à un lourd investissement émotionnel et financier en allant dans un autre pays juste pour avoir accès à ce qui devrait être un droit fondamental.
Après tout, les mères célibataires ont toujours existé : on les appelait « mères non mariées », et malgré toutes les difficultés, elles ont toujours réussi à s’occuper de leurs enfants. Personne ne les qualifiait de mères inférieures.
Je connais moi-même de nombreuses mères célibataires pour diverses raisons. Maintenant que je voudrais en devenir une moi aussi, je les respecte encore plus qu’auparavant, car j’ai bien conscience de la réalité concrète de ce type de parentalité, où tu es seule pour faire face à ce qui est déjà un défi complexe pour celleux qui vivent en couple.
L’aspect de la maternité que je désire le plus, c’est de prendre soin d’une autre personne, et je pense que c’est ce qui a animé mon rêve d’être mère depuis que je suis enfant.
Je n’ai pas peur de la maternité, mais je ressens le poids de la responsabilité qui va avec élever une personne en devenir qui dépend entièrement de moi.
Heureusement, je peux compter sur un bon groupe d’ami·e·s et de membres de ma famille, même si en ce moment j’essaie de les protéger de l’engouement médiatique autour de mon combat juridique, qui promet d’être long et difficile.
Avec l’aide de l’équipe juridique de l’association, j’ai fait une demande de PMA dans un centre d’assistance à la procréation en Toscane. Après un refus, j’ai fait appel au Palais de Justice de Florence, ce qui a soulevé la question de la légitimité constitutionnelle.
C’est ainsi que mon cas s’est retrouvé devant la Cour constitutionnelle, grâce au soutien de l’équipe juridique de l’association Luca Coscioni, lançant par la même occasion la campagne « PMA per tutte » (PMA pour tou·te·s).
Avec mon équipe juridique, le refus du centre toscan a été présenté comme une violation de mes droits fondamentaux garantis par la Constitution. Durant l’audition en mars dernier, alors que la cour écoutait les arguments des différentes parties, je suis restée assise au rang du fond.
J’étais dans un coin, très émue. Soudain, un groupe d’enfants en sortie scolaire est entré dans la salle d’audience. Ça m’a touchée ; je le l’ai pris comme un signe.
Je voudrais que mon futur enfant comprenne dès le plus jeune âge l’importance de certains combats, car c’est peut-être grâce à cette bataille qu’iel pourra venir au monde.