N°44 – My stepfather is a murderer

March 31, 2025

Rennes, 11th March

I remember the day my mum introduced us to my stepdad, I was 15 or 16. They had just got married in the Congo, where we lived until I was 8. My sister Glodie and I didn’t like him from the start. He was very intimidating and he scared us.

As soon as he moved in, it became a living hell. The rules changed, we weren’t allowed to go out, weren’t allowed to live. It was very chaotic.

In 2014 and 2015, my mum gave birth to my two little sisters: Mithé and Monica. But the situation continued to deteriorate. My stepdad drank a lot, and when he was drunk, he was very nasty.

Sometimes I found my mum with black eyes and bruises all over her body. She would say that she’d fallen, or banged into a door. Which wasn’t true. The punches were for either refusing to give him money or because the housework wasn’t done properly. I remember once, after an argument, he destroyed the whole house: the sofa, the TV, everything. And on the walls, he wrote in lipstick: “Marie je vais te tuer” (“Marie, I’m going to kill you”).

I think she stayed with him because she idealised the family life. But deep down, I don’t think she even loved him. She was coercively controlled, evidently.

From the moment he arrived, I admit that I myself started being horrible towards my mum.

At the time, I was frustrated that she could love such a toxic person. I would answer her back, and run away for several days without giving her any news.

One day, I decided to confront him. We argued, I bit him, then I decided to leave home for good. It was selfish, but I couldn’t live with it anymore, I had to leave.

In 2019, I was at home when I get a call from my mum’s best friend. She told me that my mum was in hospital and that I needed to pick up my sisters from next door.

When I arrived at the flat, I saw blood everywhere. My immediate thought was: mum’s dead. But the neighbor told me that “he’d just beaten her up with the mixer.” My mum was disfigured. When we saw her, her face is so swollen it frightened my little sisters.

A few months later, there was a court case. My stepdad was sentenced to 18 months in prison, eight months of which were suspended, and he was forbidden to have any contact with my mother for two years. But as soon as he came out of prison, they started seeing each other again.

On the 12th April, 2022, I woke up, and like every day, sent a message to my mum. But there was no reply. I called her. Still no answer. It was strange, I felt like something had happened.

At midday, a friend of my mum’s called me to tell me that there were lots of police at her apartment. When I got there, I saw a black van with the words “DECEASED” on it. I refused to believe it, hoping it was him rather than her. But when I asked the policeman, they confirmed that my mum was dead.

I was in shock. At first I wanted to go to her. I thought that I would feel better being by her side. Then I thought about my two little sisters, Monica and Mithé. They were in the flat when he killed her. They had seen everything, heard everything. They were 7 and 8 years old.

A few days after the femicide, they were sent to a children’s home in St Malo. I put my grief to one side, I didn’t cry. I didn’t have the time, in fact. My only thought was getting them back. I would have moved heaven and earth if I had to.

On the 17th June, 2022,  the day of my 25th birthday, I received the letter informing me that I had been awarded custody of my sisters. It was the happiest day of my life.

I’m now looking forward to my stepdad’s trial. But the time it takes for justice to be served is very long, too long. According to the latest information, it won’t take place before 2026. In the meantime, I’d like to give my little sisters the chance to travel and discover the world.

I’d like to show them that life isn’t all doom and gloom and that there are plenty of beautiful things to see. I want to take them to Portugal, Tunisia and above all Brazil, because Rio is Mithé’s dream.

Jenifer

Jenifer Thakizimana is the daughter of Marie Thakizimana, who was killed by her husband in the family apartment on the 12th April, 2022. Jenifer recounts the hold that her stepfather had over her mother, and the beatings and bruises she suffered until her death in 2022, then her own fight for the custody of her little sisters.

*Jenfier shared her story with Thomas Porlon, a journalist for our partner StreetPress.

Mon beau-père est un meurtrier

March 31, 2025

Rennes, 11 mars

Je me souviens du jour où ma mère nous a présenté mon beau-père, j’avais 15 ou 16 ans. Ils venaient tout juste de se marier au Congo, là où j’ai grandi jusqu’à mes 8 ans. Avec ma sœur, Glodie, dès le début, on ne l’aime pas. Il est très impressionnant, il nous fait peur.

À peine arrivé, c’est déjà l’enfer à la maison. Les règles changent. On n’a pas le droit de sortir, pas le droit de vivre. C’est chaotique.

En 2014 et 2015, ma mère donne naissance à mes deux petites sœurs : Mithé et Monica. Mais la situation continue à se dégrader. Mon beau-père boit beaucoup et quand il est soûl, il est méchant, très méchant.

Parfois, je découvre ma mère avec des coquards, des bleus un peu partout sur le corps. Elle me dit qu’elle est tombée, ou qu’elle s’est pris une porte. Jamais la vérité. Les coups, c’est soit parce qu’elle ne veut pas lui donner de l’argent ou que le ménage est mal fait. Je me souviens d’une fois où, après une dispute, il avait détruit toute la maison : le canapé, la télé, tout. Et sur les murs, il avait écrit au rouge à lèvres : “Marie je vais te tuer”.

Je pense qu’elle restait avec lui car elle idéalisait une vie de famille. Mais au fond, à mon avis, elle ne l’aimait même pas. Elle était sous emprise, c’est évident.

Et moi, je l’avoue, à partir du moment où il est arrivé, je suis devenue méchante avec maman.

À l’époque, je suis frustrée qu’elle puisse aimer une personne aussi malsaine. Je réponds mal, je fugue pendant plusieurs jours sans lui donner de nouvelles.

Un jour, je décide de le confronter. On se dispute, je le mords et je décide de quitter la maison à tout jamais. C’était égoïste mais ce n’était plus vivable, il fallait que je parte.

En 2019, je suis chez moi lorsque je reçois un appel de la meilleure amie de maman. Elle me dit que ma mère est à l’hôpital et qu’il faut que je récupère mes sœurs chez la voisine.

Quand j’arrive à l’appart, je vois plein de sang partout. Je me dis immédiatement que maman est morte. Mais la voisine me raconte : il vient de la tabasser avec une table de mixage. Maman est défigurée. Quand on la revoit, son visage est tellement gonflé qu’il effraie mes petites sœurs.

Quelques jours plus tard, un procès a lieu. Mon beau-père est condamné à 18 mois de prison dont huit mois de sursis et l’interdiction d’entrer en contact avec ma mère pendant deux ans. Mais à sa sortie de prison, ils se revoient encore.

Le 12 avril 2022, au réveil, comme tous les jours, j’envoie un message à ma mère. Pas de réponse. Je l’appelle. Toujours pas de réponse. C’est bizarre, je sens qu’il s’est passé quelque chose.

En milieu de journée, une amie de ma mère m’appelle pour me dire que des policiers, beaucoup de policiers, sont dans son appart. En arrivant sur place, je vois un camion noir avec l’inscription “DÉCÈS”. Je refuse d’y croire, j’espère que c’est lui plutôt qu’elle. Mais lorsque je demande au policier, on me confirme : maman est morte.

Je suis sous le choc. Ma première envie, c’est de la rejoindre. Je me dis que je serais plus heureuse à ses côtés. Puis je pense à mes deux plus jeunes sœurs, Monica et Mithé. Elles étaient dans l’appartement lorsqu’il a tué maman. Elles ont tout vu, tout entendu. Elles avaient 7 et 8 ans.

Quelques jours après le féminicide, elles sont envoyées dans un foyer à St Malo. Moi, je mets mon deuil de côté, je ne pleure pas. En fait, je n’ai pas le temps. Ma seule obsession est de les récupérer. S’il faut bouger la terre entière pour ça, je le ferai.

Le 17 juin 2022, le jour de mes 25 ans, je reçois la lettre qui m’apprend que j’ai obtenu la garde de mes sœurs. C’est le plus beau jour de ma vie.

Désormais, j’attends le procès de mon beau-père avec impatience. Mais le temps de la justice est très long, trop long. D’après les dernières informations, il n’aura pas lieu avant 2026.  En attendant, j’aimerais permettre à mes petites sœurs de voyager, de découvrir le monde.

J’aimerais leur montrer qu’il n’y pas que du malheur dans la viequ’il y a aussi plein de belles choses à voir. Je veux les emmener au Portugal, en Tunisie et surtout au Brésil, car Rio, c’est le rêve de Mithé.

Jenifer

Jenifer Thakizimana est la fille de Marie Thakizimana, tuée par son mari le 12 avril 2022 dans l’appartement familial. Jenifer raconte l’emprise de son beau-père sur sa mère, les coups, les bleus jusqu’à sa mort en 2022 puis son combat pour obtenir la garde de ses petites sœurs.

*Son témoignage a été recueilli par Thomas Porlon, journaliste chez notre partenaire StreetPress.

Il mio patrigno è un assassino

March 31, 2025

Rennes, 11 marzo

Ricordo il giorno in cui mia madre ci ha presentato il mio patrigno, avevo 15 o 16 anni. Si erano appena sposatз in Congo, dove sono cresciuta fino all’età di 8 anni. Fin dall’inizio, a me e mia sorella Glodie non era piaciuto. Era molto intimidatorio, ci faceva paura.

Appena entra in casa, si scatena l’inferno. Le regole cambiano. Non abbiamo il diritto di uscire, non abbiamo il diritto di vivere. È il caos.

Nel 2014 e nel 2015, mia madre dà alla luce le mie due sorelline: Mithé e Monica. La situazione, però, continua a peggiorare. Il mio patrigno beve molto e quando è ubriaco è aggressivo, molto aggressivo.

A volte scopro mia madre con dei lividi un po’ dappertutto sul corpo. Lei mi dice che è caduta, o che ha sbattuto contro una porta. Mai la verità. Le botte arrivano perché lei non vuole dargli dei soldi o perché le pulizie non sono state fatte bene. Ricordo una volta in cui, dopo una lite, aveva distrutto tutta la casa: il divano, la TV, tutto. E sui muri aveva scritto con il rossetto: “Marie, ti ucciderò”.

Penso che lei stesse con lui perché idealizzava la vita familiare. Ma in fondo, secondo me, non lo amava nemmeno. Era sotto il suo controllo, questo è ovvio.

E io, lo ammetto, dal momento in cui è arrivato, sono diventata cattiva con la mamma.

All’epoca ero frustrata dal fatto che lei potesse amare una persona così malsana. Le rispondevo male, scappavo per diversi giorni senza darle notizie.

Un giorno decido di affrontarlo. Litighiamo, gli do un morso e decido di lasciare la casa per sempre. È stato un gesto egoista, ma non era più una situazione vivibile, dovevo andarmene.

Nel 2019, mi trovo a casa mia quando ricevo una chiamata dalla migliore amica di mia madre. Mi dice che mia madre è in ospedale e che devo andare a prendere le mie sorelle dalla vicina.

Quando arrivo all’appartamento, vedo sangue dappertutto. Penso subito che la mamma sia morta. La vicina mi racconta che lui l’ha appena picchiata con un mixer da cucina, e ora è sfigurata. Quando la rivediamo, il suo viso è così gonfio che spaventa le mie sorelline.

Qualche giorno dopo si tiene il processo. Il mio patrigno viene condannato a 18 mesi di carcere, di cui otto con la condizionale. Gli viene vietato di entrare in contatto con mia madre per due anni. Ma quando esce di prigione, si rivedono ancora.

Il 12 aprile 2022, mi sveglio e, come ogni giorno, mando un messaggio alla mamma. Nessuna risposta. La chiamo. Ancora nessuna risposta. È strano, sento che è successo qualcosa.

A metà giornata, una sua amica mi chiama per dirmi che deз poliziottз, moltз poliziottз, sono nel suo appartamento. Arrivata sul posto, vedo un camion nero con la scritta “ONORANZE FUNEBRI”. Mi rifiuto di crederci, spero che sia lui e non lei. Ma quando chiedo a un poliziotto, me lo conferma: la mamma è morta.

Rimango sotto shock. La prima cosa che mi viene da fare è raggiungerla. Penso che sarei più felice al suo fianco. Poi penso alle mie due sorelline, Monica e Mithé. Erano nell’appartamento quando lui ha ucciso la mamma. Hanno visto tutto, sentito tutto. Avevano 7 e 8 anni.

Pochi giorni dopo il femminicidio, vengono mandate in un istituto a Saint-Malo. Io metto da parte il lutto, non piango. In realtà, non ho tempo per farlo. La mia unica ossessione è quella di riprenderle con me. E se per farlo dovrò ribaltare tutta la Terra, lo farò.

Il 17 giugno 2022, il giorno del mio 25° compleanno, ricevo la lettera che mi informa che ho ottenuto l’affidamento delle mie sorelle. È il giorno più bello della mia vita.

Ora aspetto con impazienza il processo contro il mio patrigno. Ma la giustizia è molto lenta, troppo lenta. Secondo le ultime informazioni, non si terrà prima del 2026. Nel frattempo, vorrei permettere alle mie sorelline di viaggiare, di scoprire il mondo.

Vorrei mostrare loro che non c’è solo sfortuna nella vitache ci sono anche tante cose belle da vedere. Voglio portarle in Portogallo, in Tunisia e soprattutto in Brasile, perché Rio è il sogno di Mithé.

Jenifer

Jenifer Thakizimana è la figlia di Marie Thakizimana, uccisa dal marito il 12 aprile 2022 nell’appartamento di famiglia. Jenifer racconta l’influenza del patrigno sulla madre, le botte, le violenze, fino al femminicidio. Da quel giorno, Jenifer lotta per ottenere la custodia delle sue sorelline.

*La sua testimonianza è stata raccolta da Thomas Porlon, giornalista del nostro partner StreetPress.

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